Pierre Dhainaut, Rudiments de lumière, Arfuyen, 2013, 128 p., 11,5 €

Le nouveau livre de Pierre Dhainaut pourrait se lire comme une tentative d'approche phénoménologique, inachevée, inachevable, de ce qui est sans phonoménalité et en marque l'extinction. Son titre nous indique que cette quête de l'horizon mortel aboutit moins à un savoir – toujours rudimentaire et provisoire – qu'à la conscience d'un dénuement définitif qu'éclaire, de loin en loin, la lumière portée d'un poème. Mais si le savoir manque et si le savoir de ce manque est peut-être le seul savoir qui vaille, le monde phénoménal dont il faudra bien s'absenter, ce monde nous est donné, jusqu'au bout, jusqu'au franchissement du seuil, dans toute la générosité de sa présence et il répond, sans faille, à notre attention, à notre écoute et à notre amour. L'enfant, comme dans les recueils précédents, incarne pleinement cette générosité du vivant, cette insouciance au mouvement de laquelle il s'agit de dire oui jusqu'au bout, faisant de ce mot celui de la fin, c'est-à-dire peut-être d'un commencement inépuisable. Les textes en prose qui accompagnent les poèmes et ferment l'ouvrage méditent sur cet acquiescement au monde dont l'écriture est à la fois le prolongement et l'accomplissement.

 

[…] Pourtant tu seras
debout le premier, tu ouvriras sans retard la fenêtre.
Au bon moment, spontanément le geste s'accomplit,
qui se consacre à l'aube : ce qui recommence avec elle,
ce qu'elle affirme, il ne peut y avoir de jour ultime.
Témoigne, par ta louange, à chaque instant de l'instant,
qui arrive, tu ne distingues pas comme pour un poème
l'inconnu du silence, ils sont solidaires,
ils se renouvellent. Que ta nuque s'incline,
que tu dresses la tête, le sens intact de la surprise,
de la candeur, tu ne fais aucun bruit :
des vitres flamboyantes, une étoile entre les nuages,
des arbres toujours prêts, les branches nues, celles déjà
qui se couvrent de feuilles, à osciller d'un souffle,
à le multiplier, non, ce n'est pas de ta mémoire seule
que des enfants surgissent, qui jouent dans la rue,
sur la plage immense, partir et revenir et repartir,
ils agrandissent l'arche, aujourd'hui, autrefois,
tu verrais une différence, ce sera par fatigue,
d'un, coeur opaque. Tu as leur vocation, te livrer,
adhérer, les noms aimés plus puissants que tes rêves
prennent chair, s'illuminent au présent de l'haleine.